Gagner en vitesse dessin ferraillage autocad après des mois de pratique

Gabarit de ferraillage AutoCAD comparé à des blocs maison pour un dessin béton armé freelance

Trente-deux étiquettes d'acier, toutes penchées du même travers, reprises une par une avant l'impression du plan, voilà ce qui m'a poussé à comparer sérieusement, pour de bon, un gabarit de ferraillage acheté et mes propres blocs maison. Pas une hésitation de principe : une soirée entière perdue à corriger des détails qui n'auraient jamais dû clocher.

Je ne suis pas ingénieur et je ne prétends pas l'être : je ne dimensionne rien, je dessine ce qu'un bureau d'études me transmet. Sur la vitesse d'exécution en revanche, j'ai un avis tranché, forgé sur des plans réels et pas sur une fiche produit. Deux façons de travailler s'opposent chez un dessinateur freelance en béton armé : garder ses blocs maison, peaufinés chantier après chantier, ou basculer sur un gabarit de ferraillage tout fait. Les deux ont un coût caché, et ce coût n'est pas le même.

Pourquoi comparer un gabarit de ferraillage acheté à ses propres blocs

Gestionnaire de calques AutoCAD normalisés dans un gabarit de ferraillage béton armé

Longtemps, mes propres blocs ont suffi. Ils venaient d'un vieux projet : j'avais récupéré les blocs d'armatures d'un ancien employeur, hérités d'une version d'AutoCAD 2010 qui traînait encore sur un poste. Ça n'a pas tenu la route bien longtemps. Les échelles d'annotation ne suivaient pas d'un plan à l'autre, certains cadres se déformaient à l'impression, et j'ai fini par tout reprendre à la main, un bloc après l'autre, parce que le fichier ramait dès que la nomenclature s'allongeait.

Verdict immédiat : plus jamais ça.

Six heures du matin, la pièce est encore noire, sauf le halo blanc des deux écrans du bureau, faubourg de Nancy. L'un garde le plan ouvert, l'autre affiche la fiche technique du gabarit en cours de test. L'imprimante A3 vit dans le couloir — trop large pour la pièce, elle n'y est jamais entrée — et la pile de calques papier annotés sur le bord du bureau ne redescend jamais vraiment. La clé de licence USB, elle, reste plantée à l'avant de la tour, jour après jour.

Un après-midi calme, loin de cette même imprimante qui bloque le couloir, je suis allé comparer les fiches techniques de deux gabarits à la Médiathèque Stanislas, à Nancy — wifi correct, personne pour m'interrompre, la possibilité de juger un outil sans la pression d'un rendu à livrer le soir même. Ludovic Tesson, un ancien collègue de chantier passé freelance lui aussi, m'a appelé ce jour-là : sa règle ne change jamais, il télécharge la version d'essai avant même de regarder quoi que ce soit d'autre. Sur ce point, on est d'accord — un pack qui ne propose pas d'essai avant achat part avec un handicap.

Ce qu'un pack automatise, ce qu'il laisse de côté

Détail de façonnage d'aciers et d'angles de courbure dans un dessin de ferraillage AutoCAD

Côté calques, un bon gabarit règle d'abord la question à la source. Pendant des années, organiser ses calques de ferraillage sans être ingénieur béton a été mon principal casse-tête en solo, chaque chantier réinventait sa propre logique de couches, et je perdais du temps à m'y retrouver sur d'anciens plans que je n'avais pas rouverts depuis un moment. Le gabarit, lui, standardise ça dès le départ, ce qui change tout au moment de la relecture.

Sur les blocs, la différence saute aux yeux autrement. Il mise sur des blocs dynamiques plus sobres que ceux qu'on bricole soi-même à force d'ajouter des paramètres — moins de réglages, mais un fichier qui reste léger même quand le plan grossit. Sur la nomenclature d'armatures, le calcul du poids total par diamètre pour la commande fournisseur sort tout seul, ce qui limite les oublis quand plusieurs cadres changent de diamètre au dernier moment. Certains packs embarquent en plus des routines LISP pour automatiser des tâches répétitives, mais c'est un terrain que je maîtrise mal et je ne vais pas prétendre le contraire.

Je me souviens d'un cartouche que j'ai dû refaire parce que les échelles d'annotation n'étaient pas gérées de la même façon d'un système à l'autre. Ce qu'aucun gabarit ne fait à ma place, en revanche : relire les cotes d'une coupe pour vérifier qu'elles restent cohérentes avec le plan de coffrage voisin. Ça, c'est moi qui le fais, à l'œil, à chaque livraison.

Faut-il changer de gabarit à chaque nouvelle version d'AutoCAD ?

Dessinateur freelance ajustant un plan de radier en béton armé sous AutoCAD

Régis Debord, dessinateur-projeteur dans un petit bureau d'études du côté d'Épinal, m'a écrit récemment pour un avis sur un pack qu'il regardait. Il tourne encore sous AutoCAD 2016 et vérifie toujours la compatibilité avant de sortir sa carte — une habitude qui lui a évité plus d'une déconvenue, à l'entendre. Sa question n'est pas anodine : un pack pensé pour les dernières versions du logiciel peut très bien planter à l'ouverture sur une version plus ancienne, ou pire, s'ouvrir sans erreur et perdre la moitié des blocs dynamiques en route.

Mes propres blocs, eux, n'ont jamais ce problème-là : ils ont traversé tellement de versions d'AutoCAD différentes, rafistolés au fil du temps, qu'ils tournent à peu près partout désormais. C'est une des rares situations où le bricolage maison garde un vrai avantage sur le pack acheté — la compatibilité n'est jamais remise en question puisqu'elle a déjà été éprouvée sur le tas.

Sur le VRD, impossible de dire si un gabarit voirie répond aux mêmes règles qu'un gabarit bâtiment, n'y travaillant pas moi-même, mais la question de la compatibilité entre versions doit se poser à l'identique des deux côtés. Il existe aussi toute une série d'erreurs courantes qu'un mauvais gabarit peut introduire sans qu'on s'en rende compte tout de suite, mais ce n'est pas l'objet de cette comparaison. Une grille complète de critères pour juger un pack sous toutes ses coutures mériterait sans doute son propre article ; ici, je m'en tiens à ce qui a changé sur mes propres plans.

Le verdict : garder ses blocs ou payer pour un pack

Espace de travail freelance avec nomenclature d'armatures et gabarit de ferraillage AutoCAD

Le choix n'a rien de philosophique, il est pratique. Un gabarit acheté fait gagner une mise en route qu'on ne rattrape pas autrement quand on démarre seul, sans bibliothèque de blocs à soi et sans le temps d'en construire une chantier après chantier. À l'inverse, avec des dizaines de plans déjà derrière soi et des blocs qui, comme les miens avant leur refonte, ont surtout besoin d'un bon ménage plutôt que d'un remplacement complet, autant les garder et corriger ce qui coince vraiment — la nomenclature, l'étiquetage, deux ou trois cadres mal calibrés.

Pour ceux qui hésitent encore entre les deux, j'avais déjà écrit sur l'intérêt de passer du dessin manuel au gabarit CAO pour le béton armé ; la question se pose dans des termes proches, même si l'arbitrage change une fois qu'on a déjà des blocs maison installés et fonctionnels.

Le seul repère qui compte, pour moi : un outil, acheté ou fait maison, doit disparaître derrière le plan. Le jour où je remarque encore le gabarit plutôt que le radier ou la poutre, c'est qu'il n'est pas encore au point — et ni le prix ni la réputation du pack n'y changeront quelque chose.