Automatiser ses plans de coffrage avec des routines LISP AutoCAD

Automatiser ses plans de coffrage avec des routines LISP AutoCAD

Tard un soir dans mon bureau près de Nancy, je me suis retrouvé à cliquer manuellement pour la centième fois sur le même décalage de polyligne pour une rive de dalle complexe. Mes yeux piquaient, le café était froid, et je me suis dit que ce n'était plus possible. En tant que dessinateur autodidacte, mon temps c'est mon argent. Je ne suis pas ingénieur, je ne calcule pas la section d'acier, mais si mon trait de coffrage est faux, le maçon sur le chantier va m'appeler dans dix minutes pour m'engueuler. C'est cette pression-là, celle du terrain, qui m'a poussé à regarder de plus près le pack LISP-215.

Pourquoi chercher à automatiser quand on est seul à son compte ?

Quand on bosse en solo, on a tendance à s'accrocher à ses vieux blocs et à ses habitudes. On se dit qu'apprendre un nouveau truc va prendre plus de temps que de simplement ramer. Mais fin novembre, après une série de plans de fondations particulièrement répétitifs, j'ai craqué. J'en avais marre de dessiner chaque réservation et chaque cotation de niveau à la main, une par une. J'ai donc installé ce fameux pack de routines avec l'extension de fichier .lsp pour voir si ça pouvait vraiment m'alléger la tâche.

Le truc avec le dessin de coffrage, c'est que c'est une science de la précision et de la répétition. On passe un temps fou sur la gestion des calques pour différencier le béton vu, le béton coupé et les réservations. Si on peut automatiser ne serait-ce que la création des poutres ou le repérage des dalles, on gagne des heures de sommeil. Mais attention, l'outil ne remplace pas l'œil du projeteur. Il aide juste à ne pas s'épuiser sur les tâches idiotes.

Écran AutoCAD montrant le chargement de routines LISP pour le coffrage

Le saut dans le vide : l'installation et la commande APPLOAD

Mi-février, j'ai sauté le pas. J'ai chargé les routines. Pour ceux qui ne connaissent pas, sur AutoCAD, on utilise la commande 'APPLOAD' pour injecter ces petits bouts de code dans le logiciel. Je ne vous cache pas que j'avais la trouille de planter mon fichier de travail alors que le client attendait le plan le lendemain matin. Charger un fichier tiers, c'est toujours un petit stress quand on n'est pas un mordu d'informatique.

Ce qui est intéressant avec les versions récentes, c'est que même si vous êtes sur une version AutoCAD 2024 LT, les routines LISP sont désormais supportées officiellement. C'est une révolution pour nous, les indépendants qui ne voulons pas forcément payer le prix fort de la version complète juste pour quelques scripts. Une fois les fichiers .lsp chargés, j'ai commencé à tester les commandes une par une sur un projet de villa avec un sous-sol enterré assez technique.

Le déclic : quand le code dessine pour vous

Le moment de vérité est arrivé par un mardi de pluie en avril. J'avais trois coupes de poutres cohérentes à générer. Normalement, c'est du copier-coller, du stretch, du réajustement de cotation... c'est long et on finit souvent par oublier de mettre à jour un cartouche ou une étiquette. Là, avec une commande unique du pack, les trois coupes sont sorties propres, alignées, avec les cadres et les étriers déjà suggérés en place.

C'est là que j'ai réalisé que l'outil ne remplaçait pas mon savoir-faire, mais qu'il sauvait mes articulations. Cependant, j'ai vite compris une chose fondamentale : automatiser vos plans de coffrage par routines LISP est contre-productif si vous ne standardisez pas d'abord votre structure de blocs et vos calques dynamiques. Si vos noms de calques ne correspondent pas à ce que la routine attend, vous allez passer plus de temps à corriger des erreurs de couleurs et d'épaisseurs de traits qu'à dessiner.

Détail technique d'une coupe de poutre béton sur écran de dessin

L'importance de la structure avant l'automatisation

On ne le dira jamais assez, mais un bon dessinateur, c'est d'abord quelqu'un d'organisé. J'ai passé une bonne partie du mois de mai à refondre mon gabarit de base. Avant de lancer une routine qui cote automatiquement tout un étage, il faut que vos murs soient sur le bon calque, que vos ouvertures soient bien définies. Sinon, c'est le carnage. Le ronronnement du ventilateur de ma station de travail quand je lance une routine de cotation automatique sur tout l'étage me rappelle à chaque fois que la machine travaille, mais c'est moi qui ai dû préparer le terrain.

Pour ceux qui hésitent encore, je vous conseille de jeter un œil sur comment organiser ses calques de ferraillage sans être ingénieur béton. C'est la base absolue. Sans une nomenclature d'armatures claire et une hiérarchie de calques béton, les routines LISP ne sont que des gadgets qui vont vous faire perdre votre latin. Les routines du pack LISP-215 sont puissantes, mais elles sont "bêtes" : elles appliquent des règles. Si vos règles de dessin ne sont pas carrées, le résultat sera bancal.

Bilan : Faut-il craquer pour un pack de routines ?

Tard le soir en juin, alors que je terminais un dossier de plans d'exécution à l'échelle 1/50, j'ai fait le point. Est-ce que ce pack m'a rendu meilleur ? Non. Est-ce qu'il m'a rendu plus rapide ? Oui, sans aucun doute. Pour un dessinateur qui débute, je dirais de faire attention. Il faut d'abord comprendre son coffrage, savoir pourquoi on place une semelle de telle manière ou pourquoi un renfort est nécessaire, avant de vouloir tout automatiser.

Si vous maîtrisez déjà votre métier de projeteur et que vous en avez marre des tâches chronophages, c'est un investissement qui se rentabilise sur deux ou trois gros projets. Mais ne tombez pas dans le piège de croire que le script fera le boulot de réflexion à votre place. La question de la section d'acier ou de la descente de charge reste l'affaire de l'ingénieur, pas du LISP. Pour ceux qui veulent aller plus loin dans la structuration de leur environnement de travail, j'avais aussi écrit un mot sur pourquoi choisir un gabarit ferraillage AutoCAD pour vos plans de béton, ce qui complète bien l'usage des routines.

Kutch de dessinateur posé sur un plan de coffrage imprimé

Au final, je garde ces routines dans ma barre d'outils. Elles font partie de mon arsenal, au même titre que mon kutch ou ma souris verticale. Elles me permettent de me concentrer sur les points singuliers du bâtiment, là où mon expérience de dessinateur de terrain apporte de la valeur, plutôt que de m'épuiser à tracer des lignes de cotation kilométriques. C'est ça, la vraie vie de freelance : trouver le bon équilibre entre la main et la machine.