
Un bloc dynamique qui gère tout, contre trois blocs qui ne savent faire chacun qu'une chose : sur le papier, le premier semble imbattable. Sur un plan de béton armé un peu chargé, c'est souvent l'inverse qui l'emporte — et ça m'a coûté plus d'une coupe renvoyée à la main avant de l'admettre. La question revient sans arrêt chez les dessinateurs-projeteurs qui démarrent sous AutoCAD béton : investir dans un bloc dynamique complet, paramétré à mort, ou repartir sur des blocs sobres et boucher les trous avec des scripts, pour une vraie productivité en CAO ? Ce texte compare les deux, sans faux-semblant.
Le point de départ, c'était une pile de blocs d'armatures récupérés chez un ancien employeur, montés sous une version d'AutoCAD qui datait de 2010. Je les avais réutilisés tels quels sur un premier contrat, en me disant qu'un bloc reste un bloc quelle que soit la version. Erreur : les contraintes ne suivaient plus correctement, les poignées se baladaient n'importe où sur l'écran, et j'ai fini par redessiner à la main plus vite que si j'étais reparti de zéro. C'est ce ratage-là qui m'a poussé à tester les deux extrêmes plutôt que de bricoler un compromis flou.
Bloc unique tout-en-un ou blocs sobres : deux logiques de dessin technique
D'un côté, le bloc unique : un seul objet capable de gérer le diamètre de l'acier, l'espacement des barres, le type de crosse et parfois même le recouvrement, piloté par une poignée (grip) et quelques champs de saisie. De l'autre, des blocs qui ne savent faire qu'une chose — un cadre, une épingle, une barre avec crosse — qu'on assemble ensuite à la main sur le plan. Ludovic Tesson, un ancien collègue de chantier passé freelance comme moi, n'a jamais voulu du premier. Quand je lui ai montré ma semelle filante tout-en-un et ses douze paramètres, il a juste secoué la tête : lui, il préfère écrire sa propre routine LISP plutôt que de dépendre d'un bloc que quelqu'un d'autre a pensé à sa manière.

Où le bloc à tout faire finit-il par coincer ?
Sur un plan dense, l'addition de tous ces paramètres se voit vite. Sélectionnez un bloc tout-en-un au milieu d'un radier chargé, et une bonne dizaine de poignées bleues s'empilent les unes sur les autres — impossible de savoir laquelle tirer sans zoomer trois fois. La nomenclature d'armatures qui doit sortir de ces blocs devient elle aussi plus fragile : un paramètre de texte qui ne suit pas la bonne poignée, et c'est une longueur de barre fausse qui part au façonnage sans que personne ne s'en aperçoive à l'écran. AutoCAD n'est pas un outil de modélisation paramétrique comme peut l'être un logiciel dédié au béton armé — il simule l'intelligence, il ne la possède pas. Plus on empile de contraintes et d'états de visibilité, plus le fichier devient lourd, et plus il se met à faire des siennes : un point d'accroche qui saute d'un endroit à un autre sans qu'on ait touché à rien.
Régis Debord, dessinateur-projeteur dans un petit bureau d'études du côté d'Épinal, m'a écrit récemment pour me poser exactement cette question : fallait-il acheter un pack de blocs complet, ou repartir sur des bases simples et compléter soi-même ? Il note tout dans un carnet papier, même ses réglages logiciels, et voulait une réponse nette, pas un roman.
Repartir sur des blocs sobres, et déléguer le reste à des scripts
Mes propres blocs ne font désormais qu'une chose chacun : un cadre, une épingle, une barre avec crosse, rien de plus — on reste tout près du ferraillage manuel, juste guidé par quelques poignées bien placées. Pas de bloc « poutre complète » qui gère tout de A à Z : c'est le meilleur moyen de laisser passer un défaut de recouvrement qu'on ne voit jamais à l'écran. Ce choix suppose des calques propres dès le départ ; j'avais détaillé la méthode dans un texte sur comment organiser ses calques de ferraillage sans être ingénieur béton, parce que sans ça, même le bloc le plus sobre finit par se perdre dans l'ordre d'affichage. Pour le reste — les tâches qui reviennent plan après plan, comme numéroter une série de repères ou dupliquer une coupe type — je délègue à de petites routines plutôt que d'empiler des paramètres dans le bloc lui-même ; le sujet est détaillé dans un billet sur automatiser ses plans de coffrage avec des routines LISP AutoCAD. Un bon gabarit de ferraillage sous AutoCAD tient sur ce même principe : peu de blocs, mais bien pensés, plutôt qu'une bibliothèque tentaculaire qui prétend tout couvrir — et la question du bloc dynamique appliqué au béton armé se résume souvent à ce compromis.
La bascule s'est confirmée sur un chantier de bureaux au Technopôle de Nancy-Brabois : j'ai dû élargir un cadre de coffrage en cours de révision, et le bloc a suivi tout seul sans que je touche aux lignes fixes du calque en dessous. C'était la première fois que je voyais un ajustement de ce genre se faire sans rien rattraper à la main derrière.
Sur mon bureau, l'écran de gauche ne quitte jamais le plan en cours, le droit bascule sur la doc du pack ou mes propres notes — et je ne débranche jamais la clé de licence du port avant de la tour, un réflexe idiot qui m'évite une mauvaise surprise en plein rendu. Rien d'un cadre de travail impressionnant, juste de quoi ne pas perdre le fil.
Le verdict : quel bloc pour quel chantier
Le bloc dynamique complet garde son intérêt sur une série d'éléments presque identiques — des poteaux répétés sur toute la hauteur d'un bâtiment, par exemple — là où on modifie le même paramètre des dizaines de fois et où le gain se voit tout de suite. Sur un plan varié, avec des sections qui changent à chaque niveau et une nomenclature qui doit rester nickel du premier coup, je repars systématiquement sur des blocs sobres complétés par un script ciblé : plus long à monter au départ, mais ça ne bouge plus une fois calé, et une erreur reste visible au lieu de se cacher dans un paramètre que personne n'a pensé à vérifier.
La vraie question à se poser avant d'acheter un pack de blocs tout-en-un n'est donc pas « est-ce que ça fait gagner du temps ? » — presque tout en fait gagner au début — mais « est-ce que je vais quand même devoir vérifier chaque poignée à la main ? ». Si la réponse est oui, autant garder la main sur des blocs simples : la productivité ne vient pas du nombre de paramètres empilés dans un bloc, elle vient du temps qu'on n'a plus besoin de reprendre derrière lui.